Soyez spécifiques ! L’improvisation a besoin que vous assumiez


L'improvisation / mercredi, avril 1st, 2026

Vous connaissez cette scène. Votre partenaire de jeu vous tend la main et dit quelque chose du genre « Tiens, cette lettre est là pour toi, lis là » ou « Viens voir ce qu’il y a dans ce coffre ! » etc. Là ou vous pensez que c’est une bonne chose car ce n’est pas « rude » c’est en fait un piège qui freine vous impros. Voyons ça en détails !

Pourquoi n’ose-t-on pas être précis ? 

Je vois deux raisons principales : la peur d’être rude et l’envie de poser une peau de banane. 

La question de la rudesse est une fausse question. En effet, par peur d’imposer un choix et car on suppose que l’autre a une meilleure idée, on se retient de proposer quelque chose de fort ou de spécifique. Quand les deux participant-e-s à la scène font ça et bien on fait du sur place. Et c’est dommage ! 

Alors soyons clairs : VOUS NE SEREZ JAMAIS RUDE en proposant votre idée. Nb : il n’est pas question d’imposer tout à l’autre, juste d’assumer ses idées. Si l’autre est dans un bon état d’esprit, l’idée sera prise, intégrée et traitée dans l’impro. 

La question de la peau de banane est un peu plus technique. En effet, lorsqu’on avance dans sa pratique de l’impro, on apprend à être malicieux-se, à se mettre des pièges et de peaux de banane pour embêter ses partenaires. C’est ce qui fait le sel de l’impro ! Or une bonne peau de banane est justement très specifique ! Par exemple (vécu par l’auteur de ce texte alors qu’il était dans sa première année d’impro) 

Premieres secondes de l’impro, A (semblant tenir un grand bocal) : « Henri, voilà il fallait que je te le dise, depuis 3 ans que nous sommes en coloc je récolte ta cire de nombril quand tu dors et je la stocke dans ce bocal, maintenant il te revient » 

B (moi) : … *Bruits de cerveau en panique*

peau de banane en impro

Cette proposition est EXTREMEMENT spécifique en effet, elle pose tout. Je pense que mon partenaire l’a faite car il a senti qu’en tant que débutant j’avais du mal à faire des propositions fortes. Pourtant ça nous a lancé sur une super impro ! 

Maintenant imaginez plutôt la scène ainsi : 

A : « Tiens voici un bocal, alors t’es content ? »

Cette proposition, au final, ne propose rien ! Elle force B à assumer toute la construction, car la proposition de A est très faible. C’est une façon pour A de dire « Débrouille toi ! J’ai pas envie de faire d’efforts ». Pire, cela risque de se retourner contre vous si votre partenaire à de la bouteille il va vous balader, exemple dans le paragraphe suivant ! 

Comment s’en sortir ? 

Deux situations sont possibles, soit vous faites une proposition soit vous la recevez :

  • Emetteur-trice : Vous avez fait une proposition et vous vous rendez compte après coup qu’elle est faiblarde. Vous pouvez vous en sortir si l’autre n’a pas immédiatement surrenchéri en complétant votre proposition. Ex : 

A : « Tiens voici un bocal, alors t’es content ? « 

B : « Ah, euh merci, c’est quoi ? « 

A : Henri, voilà il fallait que je te le dise, depuis 3 ans que nous sommes en coloc je récolte ta cire de nombril quand tu dors et je la stocke dans ce bocal, maintenant il te revient » 

Si votre partenaire est expérimenté en revanche, il risque de profiter de votre proposition faible pour se jeter dans la brèche et vous mettre dans la panade. Ex : 

A : « Tiens voici un bocal, alors t’es content ? 

B : « Ah, merci, tu sais, depuis 3 ans que nous sommes en coloc je récolte ta cire de nombril quand tu dors et je la stocke dans ce bocal, et je l’avais égaré ! » 

  • Si vous recevez une proposition faible et non-spécifique, et bien comme vu précédemment, jetez vous dedans, assumez et soyez hyper précis ! Faites en des caisses et emmenez l’impro vers quelque chose de fort. Prenez votre temps et vous prendrez la main. Votre partenaire ne peut pas faire grand chose vu que c’est à vous de régir. Ex :
A : Cette lettre est arrivée, tiens ! 

B *prend l’enveloppe et fait mime de la déplier plusieurs fois pendant plusieurs secondes, faisant grandir la lettre jusqu’a ce qu’elle soit immense* : « Incroyable, la carte perdue du trésor de Schlipak que papi avait enterré dans la Montagne Perdue, il y a même le chemin pour y aller ! Camille nous pouvons redorer l’honneur de la famille, prend ton sac, on y va ! » 

Conclusion : assumez vos idées et soyez spécifiques ! 

Vous l’avez compris, plus vous serez spécifiques, plus vous assumerez d’avoir des idées, mêmes bizarres, même farfelues, plus vos improvisations y gagneront. En plus, si vos partenaires sont bien entraînés, il sauront réagir au mieux et se laisser surprendre pour aller là ou ils ne s’attendaient pas à être. 

C’est aussi un bon moyen d’être à l’écoute de l’autre. Il vous a proposé une lettre ? Acceptez qu’il vous l’ait proposée. Mais son contenu, c’est votre responsabilité de l’assumer ! L’autre n’aura de toute façon pas d’autre choix que d’aller avec vous dans la direction que vous avez posée ! 

Bien sûr, tout est question de dosage et d’habitude. Cependant je vous invite fortement à essayer et à tester pour voir ou ça peut vous emmener, je suis sûr que vous sentirez la différence ! 

 

Guillaume COEYMANS

 

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