Ce personnage que vous devez bannir pour être meilleur en impro


L'improvisation / mardi, janvier 19th, 2021

Un spectre hante le monde de l’improvisation : le spectre du personnage BLASÉ

Pourquoi on joue blasé en improvisation ?

Vous voyez très bien la scène, un personnage arrive avec une proposition forte et bruyante et l’autre n’a qu’un vague haussement de sourcil et fait une moue suivie d’un “mouais” et commence à “jouer”.

Mais qu’est-ce qui peut pousser à se déconnecter aussi fort de la proposition de l’autre ? Car c’est bien de ça qu’il s’agit, un personnage blasé dans ce type de situation ignore simplement la proposition de l’autre. Du message envoyé, qui comporte des éléments verbaux et non verbaux, le blasé ne garde qu’une partie du verbal. Quel dommage !

Photo by LoboStudio Hamburg on Unsplash
Le langage corporel de ce monsieur vous indique qu’il n’a simplement pas envie de jouer avec vous.

La réponse est simple : parce qu’être blasé c’est ne pas prendre de risque. Que risque votre personnage s’il a tout vu ? Pas grand chose. Vous n’aurez donc pas à jouer des émotions, des actions ou quoi que ce soit. La pénardise !

Sauf qu’en termes de jeu, c’est bien pauvre…

Ce personnage n’en est pas un

Je dis cela à cause d’une seule chose : la réaction guide l’action.

Réfléchissez-y : qu’est ce qui fait de votre personnage, un personnage ? Ce n’est pas tant ce qu’il est corporellement et verbalement. Ce qui l’inclut dans l’histoire, ce qui en fait sa substance, c’est sa relation aux autres. Comment donc créer un personnage intéressant si celui-ci ne réagit pas ou ne fait que sous-réagir ?

Le personnage blasé n’est donc qu’une silhouette, un figurant, un décor qui subit l’action. C’est vraiment ce que vous voulez jouer ? Ou voir ?

Si vous voulez vivre et faire vivre des émotions et de belles histoires, vous vous devez de réagir en tant que personnage et bannir toute blasitude.

Ces faux blasés qui nous induisent en erreur

“Mais pourtant” allez-vous me dire, “j’ai déjà vu des blasé-es trop classe et ténébreux et qui apportent des trucs à l’histoire !”

Ce à quoi je vous réponds “Vraiment ? Ce personnage n’a jamais eu d’émotions ni de réaction ?” s’ensuit des bredouillements de mon interlocuteur parce que de toute façon j’ai raison et vous avez tort (j’ai envie d’être pédagogue aujourd’hui). Prenons quelques exemples issus de la fiction :

Max Rockatansky (Mad Max) : Déjà, regardez le premier épisode – il n’est absolument pas blasé, bien au contraire. Il est mu par ses émotions et ce sont ces réactions qui leadent l’action. Ensuite, dans le cas de Fury Road, Max n’est qu’une silhouette, qui survole l’action, justement parce qu’il n’est que peu touché par ce qui se passe. Là où Furiosa est bien plus émotive et réactive, ce qui fait se demander “qui est vraiment le personnage principal de Fury Road” ?

Le Terminator (Terminator) : Le terminator, en voila un personnage qui ne réagit pas, qui n’est que blasé ! Et bien, non, le terminator n’a qu’une seule émotion, très forte et c’est celle-ci qui le guide pendant tout le film : la détermination. C’est cette unique émotion qui lui fera traverser toutes les épreuves du film. Il fera tout pour son objectif, point. D’ailleurs vous constaterez que lorsqu’il devient un vrai personnage (dans le deuxième épisode) c’est là qu’il a des émotions et des réactions.

Terminator
“J’ai des émotions en vrai “

John Rambo (Rambo First Blood) : Comme pour Mad Max, regardez le premier épisode, Rambo n’y est ni froid ni blasé ni cruel, bien au contraire. C’est en ça que ce personnage est touchant, attachant et qu’on s’y identifie: c’est grâce à ses réactions et à ses émotions. Dans les épisodes suivants, il est moins intéressant justement à cause de la perte de ces émotions.

Enfin, ne perdez pas une chose de vue : un film est écrit par plusieurs auteurs sur une période longue et a toute la longueur d’un film pour nous faire le portrait de son personnage. En impro, vous n’aurez jamais tout ça et tenter de faire un personnage “sombre et ténébreux mais qui a une sensibilité sous sa carapace de blasitude” est au mieux inintéressant, et au pire voué à l’échec.

Comment faire alors pour jouer un blasé ?

Déjà : évitez. Mais si vous vous voulez absolument le faire; je vais me répéter mais SOYEZ EXPLICITES. Si vous voulez jouer un “dur à cuire blasé au cœur d’or”, faites le immédiatement. Dès les premières secondes placez vos fragilités, histoire de donner du jeu.

Votre corps aussi peut proposer, par exemple, votre stature de “baraqué” mais vos mots dire autre chose. Regardez des personnages comme le Géant du “Géant de fer” ou Aragorn dans “Le Seigneur des Anneaux” qui posent de suite que sous leur apparence redoutable il ont une sensibilité.

De même ré-a-gi-ssez ! C’est la clé ! Votre personnage blasé doit réagir, sinon quel intérêt de raconter son histoire ? Si il en a “vu d’autres” en quoi celle-ci est elle différente ? Bref c’est ce qui se passe sur scène à ce moment précis qui doit changer ce personnage.

Comment jouer face à un blasé ?

Comme souvent, la clé est très simple : acceptez sa non-réaction. Votre jeu sera désormais de le faire réagir. Le mieux ? Vous avez carte blanche, alors soyez malicieux-se-s ! Parce qu’un blasé en général ne propose quasiment rien, à vous de proposer tout ce que vous voulez alors, par exemple :

A : Arrive très vite et paniqué en se tenant le bras : “A l’aide on m’a tiré dessus !

B : Bras croisés et jetant un œil distrait “Ah, laissez-moi voir. Boarf, ce n’est pas très grave

Ici B ne propose rien, ne valide rien, ne réagit pas. La proposition de A n’est pas forcément extraordinaire mais elle est forte, elle est in-ignorable. La non-réaction de B pourrait désarçonner A. Pourtant, contrairement à ce que pense B c’est bien A qui a le pouvoir et l’attention du public.

A – Grandiloquent, Mélodramatique, des trémolos dans la voix : “Je vois, Père, que même au seuil de ma propre mort, vous ne m’aimerez jamais ! Et bien partez alors et laissez-moi agoniser, peut être que Mère, elle, me comprendra ! ” sanglote

B – Surpris ” Euh, et bien soit je m’en vais au golf !” sort de scène

Voyez comme A a immédiatement pris le dessus et comment A a élevé son status, en réagissant à la non-réaction de B et en proposant.

B n’a que deux choix : fuir, comme il le fait, d’autant que A a appelé un autre personnage qui sera sûrement plus agréable à jouer. L’autre choix de B est d’accepter et de réagir, si par exemple ici, B fonds en larmes, explose de colère, ou pleure à la vue du sang de son hériter et de sa mort prochaine, le jeu est relancé.

Conclusion ;

Le blasé est un piège de l’improvisation assez classique et assez récurrent. Pourtant il est assez facile à éviter en restant sur les fondamentaux de l’improvisation. Jouer face (ou avec) un blasé est plus délicat mais avec de l’expérience et un peu de malice, ça se fait !

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